La chose qu’il doit y avoir de plus triste en amour, ce sont les deuils amoureux.
Je m’explique.
Tu es avec la même personne depuis quelques années. Tu la connais par cœur, comme si tu l’avais tricoté. Ta relation avec cette personne est loin d’être ce qu’elle a déjà été; la passion n’est plus au rendez-vous, mais tu as traversé tellement de choses avec elle que tu ne te vois pas ne plus être avec cette personne. Vos vies ont fusionnées, elles sont reliées ensemble par toutes les sphères qui vous entourent. Sans trop vouloir penser au futur, tu restes convaincu que tu seras encore longtemps avec cette personne puisque vous êtes encore ensemble après tout ce temps, toutes ces embûches que vous avez traversées vous ont écorché, c’est certain, mais vous avez tenu bon alors, qu’est ce qui pourrait bien arriver de plus qui vous séparerait?
Vous n’êtes pas nécessairement heureux, mais n’êtes pas malheureux non plus. Le train-train quotidien a pris le dessus sur les surprises et les petites attentions. Les moments magiques passés à deux se comptent maintenant sur une main aux 6 mois…
C’est ici que l’idée de « deuils » entre en ligne de compte.
Moi, la romantique, qui aimait les bouts de papiers trouvés sur le coin d’une table, dans un des mes livres ou dans ma penderie, sur lesquels étaient griffonnés des mots d’amours, je n’en trouve plus et je dois me faire à cette l’idée. Tout comme les baisers volés au coin d’une rue, en attendant la lumière verte; ces baisers qui nous font vibrer et qui n’existent plus. Je dois me faire à l’idée que recevoir des fleurs pour la St-Valentin est chose du passé, que des invitations impromptues au restaurant, en pique-nique se feront de plus en plus rares, voir inexistantes. Ne plus s’attendre aux surprises, aux attentions et aux moments de tendresse…Qu’y a t il de plus triste au monde?
S’attendre à rien de plus que du « Ordinaire » de la vie, de l’amour, je pense que c’est carrément s’astreindre à ne pas goûter la vie, à l’essence même du pourquoi on existe. Sans vouloir tomber dans l’ésotérisme, je ne pense pas qu’on a été mis sur terre pour se contenter de « pas pire ».
Dans mon ancienne relation, j’ai fais des deuils, parce que je pensais que c’était ça la vie : se contenter d’ordinaire. Je me disais qu’il fallait probablement que je me fasse à l’idée que les papillons étaient chose du passé, que les yeux brillants devaient un jour s’éteindre et qu’il fallait apprendre à trouver satisfaction dans les trop rares moments de plaisir à deux.
Aucun de nous deux n’a joué dans le dos de l’autre. Malgré la platitude de notre relation, on ne s’est jamais fait de coups bas. Nous vivions paisiblement une vie morne, dénuée d’imprévus et de fantaisie.
Autour de moi, on me disait de faire le deuil de la relation parfaite, qu’elle n’existe pas et que tous les couples qui durent longtemps en viennent vivre se style de vie…que c’est normal. Je ne vois pas la normalité dans le fait d’accepter une vie sans couleur.
Je suis fière aujourd’hui de ne pas avoir accepté cette vie. De m’être lancé dans l’inconnu malgré la peur qui me rongeait les tripes, d’avoir osé abandonner un futur stable pré-établi pour l’incertitude la plus totale. Je suis reconnaissante d’avoir eu cette force, cette pulsion de vie en moi.
Aujourd’hui, avec mon nouvel amoureux, celui qui m’a aidé à déterrer mes deuils, je réapprends à m’émerveiller des petites choses de la vie. Une simple balade devient un évènement unique et enrichissant. Les fous rires se refont entendre et les yeux se remettent à briller. L’attente aux feux rouges est redevenue une occasion de se bécoter, les marques d’affection et de petites attentions sont revenues à la vie et parsèment de bonheur les moments passés à deux.
Mon amoureux a aussi ses défauts, il n’est pas parfait. Je le sais. On ne peut se contenter d’ordinaire, mais on ne peut non plus exiger la perfection.
Quoi de plus beau, comme cadeau de la vie, de voir notre reflet dans les yeux brillants de l’autre?
Certains deuils sont obligés, d’autres non. Pourquoi s’astreindre à les vivre alors?
(Je tiens à préciser que je parle ici de mon ancienne relation qui n’est pas nécessairement représentative de toutes les relations à long terme. Merci d’en tenir compte dans votre lecture et vos commentaires.)